Le professionnalisme fera la différence

Publié le 9 janvier 2007

Par Michel Pébereau, Président du Conseil d’Administration de BNP Paribas

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La presse économique et financière a connu un développement considérable au cours des trente dernières années. Elle a contribué à hisser les sujets économiques au cœur des préoccupations de Français. L’Ajef a joué un rôle important en favorisant, depuis 50 ans, des échanges d’idées et des débats de fond, s’appuyant toujours sur la volonté de comprendre et de faire comprendre les réalités de la vie économique et financière. Cette révolution du savoir est essentielle dans un monde où la compétition entre les nations est désormais devenue, avant tout, une compétition économique.

Si la France reste, malgré ses difficultés, une nation relativement prospère et solidaire en ce début de XXI° siècle, elle le doit pour l’essentiel à ses performances économiques, et donc à la capacité de ses habitants à y contribuer. Mais si beaucoup a été fait pour aider les Français à avoir des débats raisonnés sur l’économie, beaucoup reste encore à faire. N’a-t-on pas vu un ouvrage récent oser prôner la fuite devant “l’horreur économique”, alors qu’on imaginerait difficilement un livre intitulé “l’horreur géologique” ou “l’horreur médicale” ?

Cette information économique et financière toujours plus efficace dont notre pays a besoindevra, à mon avis, relever deux défis majeurs dans les prochaines années : le défi de la microéconomie et le défi des nouvelles technologies.

Le défi de la microéconomie, tout d’abord : dans le monde entier, ce sont les acteurs de l’économie qui moderni- sent l’économie, plutôt que l’Etat. L’entreprise crée la richesse, innove, offre des perspectives aux individus, crée du lien social et reconfigure l’espace. Elle le fait souvent en parte- nariat avec d’autres acteurs de terrain, y compris des acteurs appartenant à l’univers “non marchand”.

La remise à Mohammed Yunus du prix Nobel de la paix illustre parfaitement la capacité de micro-solutions impliquant toutes les bonnes volontés et toutes les compétences locales pour répondre aux besoins concrets de la population mieux que ne le font les “macro- décisions”. L’information économique et financière devra, à l’avenir, apprendre à mieux rendre compte de ce fourmil- lement d’initiatives positives, plutôt que de se contenter de s’intéresser à la microéconomie lorsqu’une crise survient dans une entreprise déjà établie.

L’autre grand défi de l’information économique et financière est celui de la technologie, ou plutôt celui de ses conséquences. L’avenir de la presse économique est naturellement dans le multimédia, c’est à dire dans des supports réunissant des média d’analyse (le papier), des médias d’alerte et d’interactivité (Internet) et des médias d’image (la vidéo, qu’elle passe par le canal télévisuel ou le canal Internet). Le multimédia permet à l’information de circuler partout en temps réel, mais en même temps qu’il accroît la fluidité de l’information, il augmente le risque de désinformation.

Une rumeur non vérifiée peut désormais se propager à une vitesse record. Cette situation est connue des lecteurs, notamment ceux de la presse économique et financière, qui ont donc tendance à prendre leurs habitudes auprès des médias qui parviennent à concilier l’impératif de rapidité avec l’impératif de fiabilité. C’est peut-être un peu optimiste, mais il me semble juste de dire que la mutation technologique n’empêchera pas, dans le domaine économique et financier, les journalistes les plus professionnels et les mieux informés de faire, demain comme hier, la différence.